Saga Menier, le livre:
300 pages revues et corrigées,
100 sources bibliographiques,
200 illustrations,
50% d'archives inédites personnelles.
A lire sur place.

Jean Antoine Brutus Menier

Saga Menier ou l'égrenage des générations et temporalités : " arrière, arrière, arrière, arrière, arrière ", ce son obscur du tombeau et des temps révolus, qui exprimait cependant un rapport pieusement entretenu entre le présent, sa propre vie et ses choses profondément ensevelies [...]. En percevant ce son, il lui semblait ressentir le souffle des lieux qui vous incitent à une certaine démarche déférente et penchée, le chapeau à la main, sur la pointe des pieds, il croyait aussi entendre le silence lointain et abrité de ces lieux aux échos sonores, des sensations dévotieuses se mêlaient au son des syllabes sourdes, aux pensées de la mort et de l'histoire, et tout cela semblait au jeune garçon en quelque sorte bienfaisant. (Thomas Mann - La montagne magique)


Buste en marbre blanc sur socle en marbre gris représentant Gaston Menier (45 ans) dirigeant en 1913 la Chocolaterie du même nom et petit-fils du fondateur ; Jean Antoine Brutus Menier. Cette sculpture de 1900 est signée Denys Puech.

Denys Puech est un sculpteur français né le 3 décembre 1854 à Gavernac, décédé le 9 décembre 1942. Il apprend le travail du marbre dès 1872 chez François Mahoux, un artiste marbrier. Puech poursuit sa formation à l'École des Beaux-Arts de Paris. Là-bas il sera l'élève de François Jouffroy puis d'Alexandre Falguière et d'Henri Chapu. Il va se distinguer et obtenir de nombreux prix académiques notamment le prix de Rome, il deviendra le directeur de cette institution (Académie des Beaux-Arts de la villa Médicis) de 1921 à 1933. Les bustes constituent la première et principale production de Puech. On la lui a beaucoup reprochée, comme une œuvre facile, de peu d'effort et de grand rapport. Les bustes de quelques compatriotes aveyronnais ont été les premières commandes du jeune sculpteur récemment arrivé à Paris ; ce fut ses premiers gains, pas étonnant que le sculpteur ait continué dans la voie ainsi ouverte. Ces travaux délicats, de dimensions restreintes, où la pensée se concentre dans quelques traits ou dans quelques lignes, conviennent d'ailleurs à sa tournure d'esprit et à son genre de talent. Puech n'a guère le sens de la sculpture architecturale ; les grandes compositions effrayent sa nature, il devait donc se complaire dans la perfection de bustes principalement féminins mais également d'industriels, de professeurs, de savants, de politiques, 72 bustes en marbre sortiront de son atelier. Gaston menier était un collectionneur invétéré, il offrit en 1904 à Denys Puech une estampe de Jean-Marc Nattier représentant la comtesse de Caumartin extraite de sa collection personnelle, prouvant ainsi son admiration à celui qui immortalisa ses traits dans le marbre. Gaston Menier envisageait-il sa future admission au sein du sénat, s'imaginait-il un destin hors du commun autorisant son buste à intégrer La galerie des Bustes du sénat? Denys Puech avait déjà fait pénétrer Jules Ferry dans cette prestigieuse galerie, sculpteur agréé de la 3 ième République, il ouvrait en quelque sorte le chemin au futur sénateur Gaston Menier; restait à ce dernier à accomplir son œuvre.


Liste arrêtée en 1908 des 72 bustes en marbre réalisés

Gaston Menier né à Paris en 1855 est décédé en 1934. Il avait 22 ans quand éclata le coup d'état du 16 mai 1877. Son père, Emile Justin, représentait à cette époque l'arrondissement de Meaux à la chambre des députés et faisait partie de cette majorité républicaine que le gouvernement Mac-Mahon pensa briser en faisant solennellement appel au pays. " Chassez-nous " disait alors Gambetta, " nous sommes 363 mais nous serons 400 quand nous reviendrons ". La Chambre fut dissoute, de nouvelles élections eurent lieu et le suffrage universel donnant raison à Gambetta, envoya 400 députés républicains, dont Emile Justin Menier, siéger au parlement. Gaston Menier venait d'achever son service militaire aux hussards et s'apprêtait à reprendre sa place, auprès de ses frères, à la tête des établissements paternels ; il se passionna dès sa vingtième année pour les idées républicaines et involontairement entra en politique. Gaston Menier fit ses études au lycée Condorcet, les diplômes en poche il second son père dans la direction des établissements que ce dernier possède en France, en Angleterre et au Nicaragua, ici comme ingénieur, là comme commerçant, là-bas comme agronome et collaborateur, entre temps, aux ouvrages que son père faisait paraitre sur l'agriculture, les finances et l'économie politique. Membre de la société des ingénieurs civils depuis 1877, il recherche les progrès à apporter aux voies de communication : routes, chemins de fer, ponts, rivières et notamment la navigation sur la marne.

A partir de 1878 il collabore activement aux nombreuses expositions universelles comme exposant, membre du jury ou membre des comités d'organisation, tant pour l'industrie de l'alimentation que pour l'économie sociale. La croix de chevalier de la légion d'honneur en 1883, celle d'officier en 1892 viennent récompenser sa carrière au service d'une suprématie française face aux nations rivales. C'est en 1882 que commence timidement sa carrière politique, comme conseiller puis maire de Lognes en 1892. Les circonstances de 1891, avec le décès de Foucher de Carel, lui ouvre les portes du conseil général du canton de Lagny. Comme conseiller général et nouveau propriétaire du château de Rentilly il se fait remarquer par une grande pugnacité à satisfaire la population de seine et marne dans ses préoccupations quotidiennes, les questions de travail, de logement, de chemin de fer, n'est-il pas le mieux placé en tant que dirigeant de la plus grande chocolaterie du monde pour étudier et savoir ce qui serait le plus bénéfique pour les uns et les autres ? En 1898 Gaston menier sera élu député de la 1er circonscription de l'arrondissement de Meaux, réélu en 1902 et 1909, date à laquelle il devient sénateur.

En 1913 Gaston Menier prend le contrôle de la chocolaterie après la mort de son frère aîné Henri dont il hérite du château de Chenonceau entré dans la famille Menier la même année. Les innovations d'envergure ont cessé et l'entreprise rentre de plain-pied dans la première guerre mondiale. Ce conflit qui touche Noisiel révèle les qualités patriotiques de la famille Menier. La maison de retraite Claire Menier construite en 1902 sert d'hôpital militaire ainsi que Chenonceau. Jacques, l'un des fils de Gaston,est aviateur et participe au conflit de manière héroïque. Commercialement, la situation n'est pas catastrophique : la ration alimentaire des combattants comprend une barre de chocolat et les Menier entendent bien alimenter tous ces "poilus". L'année 1918 marque la fin de la première guerre mondiale et le début des premiers troubles sociaux. Gaston Menier continue de faire face également à la concurrence, il meurt en 1934, un an après son fils Georges laissant la place à Jacques qui déjà affaibli physiquement au cours d'un grave accident durant la guerre va subir les foudres des syndicats et perdre pied au milieu de cette marée rouge. Le choix des urnes est hostile aux Menier. Ils perdront tour à tour leurs mandats municipaux. La seconde guerre mondiale sonnera la fin de l'entreprise. Hubert Menier tentera bien de redresser la situation, une embellie en 1939 et le maintien à flot jusqu'en 1950. Mais la maladie emporte Hubert en 1959, son frère Antoine assure alors la direction de la firme. Les enfants d'Hubert sont trop jeunes pour lui succéder et la guerre de succession opposant les héritiers ne pouvait que fragiliser les intérêts de l'entreprise. En 1960, Menier doit fusionner avec la société Rozan, la société Menier est rachetée dans sa totalité en 1965. Deux ans après, Antoine meurt sans postérité à Paris le 12 août 1967 à l'âge de 62 ans. Antoine aura été le dernier des Menier à diriger l'entreprise Menier.

Je dois vous avouez franchement que je ne suis pas du tout un homme passionné, mais j'ai des passions, des passions flegmatiques.


Aquarelle représentant le port de Noisiel, son moulin et son pertuis en amont de la Marne vers 1830. Amarrée au port (à gauche) une embarcation à fond plat appelée marnois. Utilisée sur la Seine et la Marne jusqu'au XIXe siècle pour le transport des marchandises, elle pouvait mesurer entre 20 et 40 mètres. Ce marnois est gréé d'une voile qui soulageait les bêtes de halage lorsque le vent le permettait, mais cela ne devait arriver que très rarement à cause des nombreux méandres tout au long du parcours. Le mât n'était donc probablement utilisé que pour le halage.


Aquarelle signée Michel CELLIER représentant la Cathédrale de la chocolaterie Menier à Noisiel


Vue cavalière du site usinier de Noisiel, propriété des Menier, chromolithographie vers 1890.
La convention signée entre la ville de Noisiel et le Ministère de la Culture permet à Noisiel d'accéder au rang prestigieux de "Ville d'Art et d'Histoire". Consciente de la diversité et de ses atouts patrimoniaux, Noisiel préparait depuis plusieurs années sa candidature au label. Trois déclinaisons remarquables : en premier lieu, un patrimoine industriel unique datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle lié à l'établissement de la chocolaterie Menier et à sa prodigieuse empreinte architecturale. En second lieu, un patrimoine architectural contemporain incluant diverses réalisations de grands noms de l'architecture en ville nouvelle. Et pour finir, un patrimoine "vert" important en partie protégé. (Catherine Tasca, ministre de la Culture, 13/12/2000)? On pourrait rajouter la pérennisation et le dynamisme économique de l'entreprise qui déjà en 1878 affichait un capital de 4 millions de francs, soit 8 millions de nos euros.


Panonceau lithographié du chocolat Menier, signé Firmin Bouisset. Imprimerie CAMIS, 66x45 cm, datant de 1900.
Encadré sous verre par J.Boyer, encadreur parisien depuis 1879.


Tablier immortalisé sur une carte postale de 1914 au cours de l'exposition universelle de Lyon, il fut également porté durant l'exposition internationale de 1900 à Paris et décliné sous diverses formes : ballotin, bavoir, serviette, réticule.


L'institution des sapeurs-pompiers de la chocolaterie Menier est une compagnie constituée de 40 membres en 1882
par Albert Menier, elle deviendra communale en 1886.Ci-dessus, le casque (modèle SGFM de 1855) d'un certain "Chemin" avec cimier à godrons, plumet et jugulaire en fausse écaille, large bandeau où l'on retrouve la grenade et les armoiries de la famille Menier caractérisées par le monogramme sous forme de M. Pour terminer, une giberne de l'harmonie de la compagnie des sapeurs de Noisiel.(Cliquez sur l'animation pour voir plus de détails)

Face à la chocolaterie, se trouve la Mairie construite en 1895. Nouvel édifice qui remplace la mairie-lavoir où Émile Justin exerçait mandat communal et direction de l'usine sans distinction notoire. Cette nouvelle mairie répond à une disposition de 1884 qui stipule que chaque commune doit posséder un local à usage exclusif de mairie. Sur cette même place baptisée Gaston Menier, se trouve le bâtiment des pompes : l'institution des sapeurs-pompiers de Noisiel.


Des produits sont lancés entre 1930 et 1935 dans la catégorie des chocolats fins par la maison Menier pour contrer une concurrence grandissante. Des boites de luxes font leur apparition et un salon au 114 avenue de Champs Elysées parachève cette nouvelle tendance haut de gamme. Ces boites sont estampillées " Menier confiseur ", la confiserie étant depuis 1900 introduite dans les productions de Noisiel, celle-ci dépassant le chocolat de Ménage, produit phare depuis les années 1870.

 


Boite de confiserie créée pour l'exposition universelle de 1937 à Paris et faisant la publicité pour le salon Menier se trouvant au 114 avenue des Champs Elysées. Parée des couleurs nationales cette poupée semble faire échos aux montées nationalistes et à la démonstration de puissance germano-soviétique matérialisée par 2 pavillons massifs et sans grâce (mastoc) et se faisant face. Cette même année Menier organisa une consultation auprès de ses consommateurs pour donner un prénom à leur célèbre petite fille remaniée art déco. Il est précisé que ce prénom devra être " bien français ". Jacqueline émergea de cette campagne publicitaire ce qui permettra une interactivité entre des consommateurs qui allaient devenir auditeurs et spectateurs des différents spectacles promotionnels à venir.


Camion publicitaire Menier de 1935 en carton, avec ses caissettes, l'ensemble proposé dans sa boite de transport. La fragilité de l'ensemble laisse à penser que les exemplaires restant en circulation soient peu nombreux, donc rares.


Monogramme de la famille Menier, propriétaire du château de Chenonceau, gravé sur ce cœur offert aux invités après cérémonie familiale. Le monogramme est probablement modifié en conséquence, on peut y voir le A et le M de Marie Antoinette, ou bien, Le M de Menier suivi Du C de Cosima Menier, associée dans la société civile de Chenonceau-Rentilly.


Le 8 octobre 1898, c'était fête à Noisiel, on évoquait le souvenir du créateur de l'usine Jean Antoine Brutus, on inaugurait le monument élevé en l'honneur de son fils, M. Emile-Justin Menier sur la place des écoles et l'édification d'une maison de retraite au nom de Claire Menier, mère de ce dernier. A cette occasion, un banquet était offert auX personnels des divers établissements, tout Noisiel, tout Paris, des délégués de l'usine de Londres. Voilà bien une fête du travail. La coquette cité était en fête. L'embranchement de l'usine amène les invités au seuil même de la ruche féconde. Et voici le cortège qui se forme : les pompiers, puis les élèves des écoles, garçons marquant le pas, fillettes aux robes printanières chatoyant sous le soleil bleu, l’harmonie de la commune, puis les gars du village, ténors et basses. Et c’est dans cet ordre, aux accents d’un pas redoublé entraînant, que le cortège s’ébranle conduit par MM. Henri Menier, Gaston Menier menant par la main à cette fête intime son jeune fils Jacques.

Emile Justin Menier propose au Ministre de l'Instruction d'attribuer après concours un Prix Menier à un étudiant de l'Ecole supérieure de Pharmacie de Paris. Le ministre accepte et un décret du 17 décembre 1859 autorise l'Ecole à décerner une médaille d'argent et un coupon de rente de 500 frs.


Mlle Simonne Legrand mariée à Georges Menier en 1903. Tirage argentique de 1909, timbre sec de l'atelier de Montreux,
signatures d'Arnold Casimir Roessinger-Jeanneret, photographe Suisse, et de son modèle.
De nombreux portraits d’Arnold Casimir attestent d’une collaboration entre le photographe et Simonne Menier.


Galerie des fêtes de Chenonceau en 1886 (Constant Peigné)
Le 24 juin 1886, eut lieu à Chenonceau l'inauguration de cette grande galerie des Fêtes Louis XIV. De grandes réjouissances furent données à l'occasion de l'inauguration, trente mille invités, d'une fête de jour et d'une fête de nuit. Le président de la République en aurait accepté l'invitation qui lui fut faite. L'histoire de Chenonceau aux diverses époques fut représentée par des groupes costumés. On évalue à trois ou quatre mille le nombre des personnages qui firent partie de ces groupes. Mme Pelouse fit représenter, dans la grande galerie des fêtes, le ballet qui y fut exécuté en présence de Catherine de Médicis. Ce divertissement fut donné avec le concours du corps de ballet de l'Opéra. La musique et la description des costumes furent précieusement conservées dans les archives de Chenonceau et le ballet représenté en 1886 resta fidèle à celui qui fut donné en présence de Catherine, il y a trois siècles


Jean-Antoine Brutus Menier édite en 1845 son "catalogue prix courant" qui recense tout ce qui est fabriqué par la maison Menier. On y trouve principalement des produits destinés aux pharmaciens ainsi que des articles de droguerie. La production chocolatière n'est encore mentionnée à cette date que comme activité complémentaire. La quantité produite n'est alors que de 2 tonnes par jour en France. Le véritable essor de l'entreprise Menier date de 1852. Émile Justin Menier est en passe de devenir le nouvel homme fort de la maison, il reprendra les mêmes principes édictés par son père. Le "catalogue prix courant" de 1854 comporte les mêmes produits que les éditions précédentes. Mais les temps changent, si Jean-Antoine Brutus fit passer la pharmacie du stade des préparations magistrales à l'industrialisation des procédés, Émile Justin exploite au maximum le potentiel existant et insuffle la modernité dans ses établissements grâce aux grands esprits auxquels il fait appel. C'est à partir de ces mêmes années que Noisiel bénéficie d'une politique de modernisation et de mécanisation au service de la fabrication du chocolat de consommation.


Compte-Rendu des résultats du 1er inventaire de 1835 par Antoine Brutus Menier à ses commanditaires.

Extrait :
"Quelques satisfactions que puisse être un pareil résultat, le but que je me suis proposé n'était pas encore atteint puisque mes efforts ont toujours tendu à amener la vente annuelle à 1 200 000 Frs et j'ai enfin la satisfaction de vous annoncer que les ventes d'octobre et les demandes que j'ai en ce moment à remplir, me laissent l'espérance d'arriver à ce chiffre. Les ventes de ce trimestre se sont élevées à 307 047 Frs, elles ont dépassé de 34 327 Frs celles du trimestre le plus élevé et de 78.743 Frs celles des trois mois correspondants".


Plaque émaillée anglaise de Imperial Enamel Co, Birmingham, vers 1920.

Fac-similé du Carnet de notes de M. Marcelin Berthelot, créateur de la thermochimie et chimiste de la maison Ménier. Engagé à l'âge de 33 ans et sans laboratoire, le contrat proposé lui accorde 6 000 Frs par an, à charge pour lui de se rendre à Noisiel chaque semaine afin de conseiller et d'ordonner les préparations. C'est sûrement grâce à ce laboratoire, et donc à Noisiel, qu'il réalise pour la première fois le 01er janvier 1862 la synthèse de l'alcool qui marque le début de la chimie organique. En 1863, Marcelin Berthelot sera nommé au Collège de France et abandonnera sa collaboration avec la maison Menier.

Deux livrets manuscrits rédigés dans les années 1930 par Louis Logre qui fut, avec son père Jules Logre, architecte à l'usine Menier. Louis Logre fut également l'architecte en 1885 des réfectoires pour les ouvriers de l'usine Menier au cœur de la cité. La décision de restauration en 2017 des anciens réfectoires devrait permettre à cet espace patrimonial de retrouver son lustre et une fonction culturelle. Deux productions littéraires conséquentes avec de nombreux clichés photographiques, la première retrace la généalogie de la famille Menier, la seconde descrit de manière détaillée le château du duc de Levis racheté par la famille Menier au cœur du parc de Noisiel.

 

Avant la loi du 23 juin 1857, pas de législation spéciale concernant les marques de fabrique. Chaque commerçant apposait sur ses produits la marque qu'il souhaitait. Pour qu'il y est contrefaçon avérée, il fallait au préalable déposer la Marque suivant l'article 18 du décret du 22 germinal an XI, au Greffe du Tribunal de Commerce d'où relève le chef-lieu de la manufacture ou de l'atelier. La propriété de la marque était effective dès lors que celle-ci fut utilisée de manière courante. C'est le 2 août 1849 que Jean-Antoine-Brutus fit acte de dépôt de sa marque. Il mandata pour cette opération M. Simon-Antoine Neyroux. Par ce geste, il figeât dans les esprits les contours de ce qui deviendra un objet de détournement pour bon nombre de contrefacteurs.


L'Ariane est le yacht qui a conduit en 1902 M. Waldeck-Rousseau en Suède, Norvège et Danemark. Pendant cette croisière Gaston Menier rédigea au jour le jour, un recit de voyage qui retraçait la cordiale et charmante intimité des passagers de cette croisière. Faisant route vers le Nord, le yacht avait à son bord, M. et Mme Waldeck-Rousseau dont il reproduira les aquarelles dans son ouvrage, M. Fernand Crouan, Mlle Marie Crouan, Mme Raffard, belle-sœur de M. Gaston Menier, et le docteur Paul Barbarin, ancien interne des hôpitaux. Le samedi 28 juin 1902 à deux heures de l'après-midi, par une pluie qui força les passagers à rester à bord, concert et revue furent improvisés par les invités. De cette improvisation, une pièce de théâtre en 2 actes verra le jour et sera figée pour l'éternité sur papier avec comme titre " la Revue du Cercle polaire " et jouée officiellement le 5 juillet.

Les Menier veneurs

Tous les ans, Gaston Menier aimait clore la saison de chasse à Villers-Cotterets en apothéose par une curée aux flambeaux dans la cour de la vènerie. Ala tombée de la nuit, un superbe six cors avait été rapporté de la forêt. On l'avait écorché à l'abri des curieux, sa tête et sa peau, appelé également "nappe", avaient été soigneusement mises de côté. Le piqueux ordonna à un valet de désarticuler la jambe avant-droite de l'animal et de torsader la peau, puis il accrocha cette relique aux manches de sa dague glissée dans le ceinturon de sa tunique.

Gaston Menier et une dizaine de "boutons" se tenaient à l'intérieur du cercle des flambeaux vêtus de vestes rouges ornées de galons d'or, de culottes bleu-roi, de hautes bottes de cuir noir. Un homme, les jambes écartés au-dessus de la "nappe", maintenait les bois de la tête du cerf. Le piqueux, les valets de chiens, de veneurs, semblaient en faction derrière leur souverain. Ils entamèrent les fanfares de la curée, puis le piqueux mis sa trompe en sautoir et s'avança vers Gaston Menier.

Il enleva de sa dague la jambe et la peau torsadée, s'inclina devant Georges Menier. D'une main il ôta sa cape bleue, de l'autre il présenta le "pied d'honneur". Gaston Menier le conduisit auprès d'une invitée de son choix à laquelle il l'invita à faire les honneurs du pied, lui offrant ainsi le sacrifice de l'animal. Selon le rite, aucune parole n'était prononcée, sauf le "merci" du récipiendaire. "La cour des maîtres" de René Lucot

 


Voici la section d'un câble télégraphique sous-marin de l'usine Rattier-Menier de 1895. Un conducteur central en cuivre de 2,5 mm² est recouvert par 12 conducteurs de même matière de 0.6 mm². Cette partie est isolée par de la gutta-percha et forme l'âme du câble, partie conductrice diffusant le signal. L'âme est protégée par une enveloppe de chanvre qui devait être imbibée de poix, de goudron, d'huile ou de suif. 15 Brins d'acier disposés en hélice servent de protection mécanique et de tenseur, ils sont également recouverts de gutta-percha et terminent l'ensemble.


Le Monde n'en saura rien, aimable comédie en deux actes de 1907, de M. Gaston Menier, représentée dans la salle des fêtes de son hôtel 61 rue de Monceau. Il s'agit d'un jeune ménage qui s'est marié à la légère, dans le feu de la passion, sans examiner de trop près les clauses du contrat et les conditions matérielles de son union. Les deux tourtereaux s'aperçoivent, mais un peu tard, qu'ils possèdent un bien dotal dont ils ne peuvent jouir qu'à la condition de rompre le mariage. Il faut qu'ils divorcent, presque au lendemain de leurs noces, s'ils veulent profiter de leur fortune. Ils s'entendent pour divorcer à l'amiable, ils ne se sépareront que pour mieux se rapprocher. Ils deviendront ainsi des amants légitimes. La première lecture a eu lieu, samedi 13 février 1904. Les rôles sont tenus par Mmes Marie Leconte, Sorel, de la Comédie Française, MM. Signoret, Mosnier et Tunc, du théâtre Antoine et Mlle Blanche Pierson pour la mise en scène. Quelques rares spectateurs privilégiés ont leur place déjà marquée dans les salons de l'hôtel, de la rue de Monceau pour une unique représentation privée : Adrien Hébrard journaliste, Paul Hervieu romancier, Michel Carré auteur, Henri Menier et des notabilités du monde de la politique venues pour fêter les débuts dramatiques du député de Seine et-Marne.


Reproduction de la plaquette (à gauche) qui a été offerte à Mr Gaston Menier Sénateur
par le comité français des expositions et le comité d'organisation du train franco-canadien. (1923)


L'art de la médaille se développe en Europe à partir de la Renaissance, époque où les amateurs redécouvrent les monnaies antiques. Comme une pièce de monnaie une médaille possède deux faces, l'avers, la face qui présente généralement le motif principal, et le revers, qui peut comporter- mais ce n'est pas systématique- une composition ou une inscription. La médaille n'a aucune valeur monétaire, elle sert à commémorer un évènement, un personnage ou une institution. Elle peut également avoir une valeur décorative et être collectionnée à l'instar des objets précieux. Une médaille est généralement de format circulaire. Cependant les artistes de la fin du XIXe siècle mettent au goût du jour le format carré ou rectangulaire : on parle alors de plaquette et non de médaille. L'invention de la plaquette revient au médailleur Oscar Roty qui dans les années 1880 imagine, pour susciter l'intérêt du public, de revenir à ce format en usage à la Renaissance mais tombé depuis lors dans l'oubli. (Texte : Petit Palais Musée des Beaux-Arts)

A Mr Augustin MOUCHET, sous-chef chocolatier chez M. Menier manufacturier à Noisiel. 34 ans de services, très dévoué aux apprentis, très paternel envers eux, sujet très méritant. Proposition de M. Menier, membre de la Société de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures.) Médaille d'argent en 1905.


..Tous les objets et documents présentés font partie de la collection Saga Menier, sauf indications contraires.