Saga Menier, le livre:
300 pages revues et corrigées,
100 sources bibliographiques,
200 illustrations en couleur,
50% d'archives inédites personnelles.
A lire sur place.

Jean Antoine Brutus Menier

 

 

Voir le moulin de 1872

Saga Menier ou l'égrenage des générations et temporalités : " arrière, arrière, arrière, arrière, arrière ", ce son obscur du tombeau et des temps révolus, qui exprimait cependant un rapport pieusement entretenu entre le présent, sa propre vie et ses choses profondément ensevelies [...]. En percevant ce son, il lui semblait ressentir le souffle des lieux qui vous incitent à une certaine démarche déférente et penchée, le chapeau à la main, sur la pointe des pieds, il croyait aussi entendre le silence lointain et abrité de ces lieux aux échos sonores, des sensations dévotieuses se mêlaient au son des syllabes sourdes, aux pensées de la mort et de l'histoire, et tout cela semblait au jeune garçon en quelque sorte bienfaisant. (Thomas Mann - La montagne magique)

 


Buste en marbre blanc sur piédouche en marbre gris représentant Gaston Menier dirigeant en 1913 la Chocolaterie du même nom et petit-fils du fondateur ; Jean Antoine Brutus Menier. Cette sculpture de 1900 est signée Denys Puech.
Le dernier propriétaire de ce buste fut Serge Couzigou qui créa le musée de Chocolat de Biarritz et qui malheureusement dut fermer ses portes en 2018. Je n'ai pas la preuve formelle, juste l'affirmation du revendeur ; mais l'idée me séduit car cohérente, alors j'espère valoriser au mieux une partie de notre patrimoine national comme l'aurait souhaité Serge Couzigou.

Denys Puech est un sculpteur français né le 3 décembre 1854 à Gavernac, décédé le 9 décembre 1942. Il apprend le travail du marbre dès 1872 chez François Mahoux, un artiste marbrier. Puech poursuit sa formation à l'École des Beaux-Arts de Paris. Là-bas il sera l'élève de François Jouffroy puis d'Alexandre Falguière et d'Henri Chapu. Il va se distinguer et obtenir de nombreux prix académiques notamment le prix de Rome, il deviendra le directeur de cette institution (Académie des Beaux-Arts de la villa Médicis) de 1921 à 1933. Les bustes constituent la première et principale production de Puech. On la lui a beaucoup reprochée, comme une œuvre facile, de peu d'effort et de grand rapport. Les bustes de quelques compatriotes aveyronnais ont été les premières commandes du jeune sculpteur récemment arrivé à Paris ; ce fut ses premiers gains, pas étonnant que le sculpteur ait continué dans la voie ainsi ouverte. Ces travaux délicats, de dimensions restreintes, où la pensée se concentre dans quelques traits ou dans quelques lignes, conviennent d'ailleurs à sa tournure d'esprit et à son genre de talent. Puech n'a guère le sens de la sculpture architecturale ; les grandes compositions effrayent sa nature, il devait donc se complaire dans la perfection de bustes principalement féminins mais également d'industriels, de professeurs, de savants, de politiques, 72 bustes en marbre sortiront de son atelier. Gaston menier était un collectionneur invétéré, il offrit en 1904 à Denys Puech une estampe de Jean-Marc Nattier représentant la comtesse de Caumartin extraite de sa collection personnelle, prouvant ainsi son admiration à celui qui immortalisa ses traits dans le marbre. Gaston Menier envisageait-il sa future admission au sein du sénat, s'imaginait-il un destin hors du commun autorisant son buste à intégrer La galerie des Bustes du sénat? Denys Puech avait déjà fait pénétrer Jules Ferry dans cette prestigieuse galerie, sculpteur agréé de la 3 ième République, il ouvrait en quelque sorte le chemin au futur sénateur Gaston Menier; restait à ce dernier à accomplir son œuvre.


Liste arrêtée en 1908 des 72 bustes en marbre réalisés

Gaston Menier né à Paris en 1855 est décédé en 1934. Il avait 22 ans quand éclata le coup d'état du 16 mai 1877. Son père, Emile Justin, représentait à cette époque l'arrondissement de Meaux à la chambre des députés et faisait partie de cette majorité républicaine que le gouvernement Mac-Mahon pensa briser en faisant solennellement appel au pays. " Chassez-nous " disait alors Gambetta, " nous sommes 363 mais nous serons 400 quand nous reviendrons ". La Chambre fut dissoute, de nouvelles élections eurent lieu et le suffrage universel donnant raison à Gambetta, envoya 400 députés républicains, dont Emile Justin Menier, siéger au parlement. Gaston Menier venait d'achever son service militaire aux hussards et s'apprêtait à reprendre sa place, auprès de ses frères, à la tête des établissements paternels ; il se passionna dès sa vingtième année pour les idées républicaines et involontairement entra en politique. Gaston Menier fit ses études au lycée Condorcet, les diplômes en poche il second son père dans la direction des établissements que ce dernier possède en France, en Angleterre et au Nicaragua, ici comme ingénieur, là comme commerçant, là-bas comme agronome et collaborateur, entre temps, aux ouvrages que son père faisait paraitre sur l'agriculture, les finances et l'économie politique. Membre de la société des ingénieurs civils depuis 1877, il recherche les progrès à apporter aux voies de communication : routes, chemins de fer, ponts, rivières et notamment la navigation sur la marne.

A partir de 1878 il collabore activement aux nombreuses expositions universelles comme exposant, membre du jury ou membre des comités d'organisation, tant pour l'industrie de l'alimentation que pour l'économie sociale. La croix de chevalier de la légion d'honneur en 1883, celle d'officier en 1892 viennent récompenser sa carrière au service d'une suprématie française face aux nations rivales. C'est en 1882 que commence timidement sa carrière politique, comme conseiller puis maire de Lognes en 1892. Les circonstances de 1891, avec le décès de Foucher de Carel, lui ouvre les portes du conseil général du canton de Lagny. Comme conseiller général et nouveau propriétaire du château de Rentilly il se fait remarquer par une grande pugnacité à satisfaire la population de seine et marne dans ses préoccupations quotidiennes, les questions de travail, de logement, de chemin de fer, n'est-il pas le mieux placé en tant que dirigeant de la plus grande chocolaterie du monde pour étudier et savoir ce qui serait le plus bénéfique pour les uns et les autres ? En 1898 Gaston menier sera élu député de la 1er circonscription de l'arrondissement de Meaux, occasion probable de graver dans le marbre son accession à la députation; il sera réélu en 1902 et 1909, date à laquelle il devient sénateur.

En 1913 Gaston Menier prend le contrôle de la chocolaterie après la mort de son frère aîné Henri dont il hérite du château de Chenonceau entré dans la famille Menier la même année. Les innovations d'envergure ont cessé et l'entreprise rentre de plain-pied dans la première guerre mondiale. Ce conflit qui touche Noisiel révèle les qualités patriotiques de la famille Menier. La maison de retraite Claire Menier construite en 1902 sert d'hôpital militaire ainsi que Chenonceau. Jacques, l'un des fils de Gaston,est aviateur et participe au conflit de manière héroïque. Commercialement, la situation n'est pas catastrophique : la ration alimentaire des combattants comprend une barre de chocolat et les Menier entendent bien alimenter tous ces "poilus". L'année 1918 marque la fin de la première guerre mondiale et le début des premiers troubles sociaux. Gaston Menier continue de faire face également à la concurrence, il meurt en 1934, un an après son fils Georges laissant la place à Jacques qui déjà affaibli physiquement au cours d'un grave accident durant la guerre va subir les foudres des syndicats et perdre pied au milieu de cette marée rouge. Le choix des urnes est hostile aux Menier. Ils perdront tour à tour leurs mandats municipaux. La seconde guerre mondiale sonnera la fin de l'entreprise. Hubert Menier tentera bien de redresser la situation, une embellie en 1939 et le maintien à flot jusqu'en 1950. Mais la maladie emporte Hubert en 1959, son frère Antoine assure alors la direction de la firme. Les enfants d'Hubert sont trop jeunes pour lui succéder et la guerre de succession opposant les héritiers ne pouvait que fragiliser les intérêts de l'entreprise. En 1960, Menier doit fusionner avec la société Rozan, la société Menier est rachetée dans sa totalité en 1965. Deux ans après, Antoine meurt sans postérité à Paris le 12 août 1967 à l'âge de 62 ans. Antoine aura été le dernier des Menier à diriger l'entreprise Menier.

SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
Membre de la Société des Ingénieurs civils, M. Gaston Menier joint une solide instruction technique et à un bagage de connaissances très variées, acquises au cours de ses nombreux voyages. L'article ci-dessous, n'est pas lié directement à ce cliché photographique mais sa vraisemblance, sans avis contraire, permet à priori de le rattacher.


Après les ingénieurs américains, voici les ingénieurs anglais venus pour admirer les merveilles de notre Exposition de 1889 et pour constater les progrès de notre industrie nationale. Les membres du l'Institution of mecanical ingineers au nombre de cent environ, ont été reçus par leurs collègues de la Société des ingénieurs civils, qui se sont mis gracieusement à leur disposition pour les accompagner dans leur visite. Après une cordiale réception à l'hôtel de la Société des ingénieurs civils, dans laquelle M. Eiffel, président, leur a souhaité la bienvenue, les mecanical ingineers ont visité la galerie des machines, les ateliers Edison, les égouts de Paris et la tour de 300 mètres où un déjeuner leur a été offert au restaurant Brébant. La journée d'hier a été consacrée à la visite des ateliers de Petit-Bourg. Les invités anglais et français de M. Decauville, au nombre de deux cents environ, parmi lesquels MM. Gottschalk, Brûll Martin, Polonceaux, Gaston Menier, Picard, chef de l'exploitation du P.-L.-M., Goschrrane, Aspinall, Kennedy, etc., sont partis de la gare de Lyon, par train spécial, à neuf heures vingt du matin, gracieusement offert aux ingénieurs anglais par la Compagnie P.-L. M. A 9 heures ils quittaient à Corbeil la ligne P.-L.-M. et montaient dans le train Decauville qui les transportait rapidement aux vastes ateliers de Petit-Bourg. M. Paul Decauville a souhaité la bienvenue aux visiteurs anglais. " C'est la première fois que le pavillon anglais flotte sur notre établissement, dit-il ; j'espère, messieurs, que ce ne sera pas la dernière." Après cette allocution, saluée par trois salves de hurrahs, on entre dans les ateliers, dont on admire la bonne organisation. Nous assistons d'abord à la fabrication des traverses et des rails, et nous voyons fonctionner une série de machines construites avec une rare perfection. Les ingénieurs anglais remarquent surtout une machine à peindre les rails, d'une invention très ingénieuse. M. Decauville fait ensuite manœuvrer devant nous un canon, pièce de campagne, qui, montée sur de petits wagonnets, tourne, valse avec une étonnante rapidité ; puis, c'est un canon de quarante-huit tonnes, système de Bange, placé sur seize essieux, qui manœuvre avec non moins d'aisance, et est placé dans toutes les directions avec une rapidité presque instantanée. Nous n'avons pas besoin de faire-valoir les avantages que notre artillerie peut tirer de cette invention. Les rails et les wagonnets Decauville ont été, du reste, adoptés par le ministère de la guerre. Les ingénieurs anglais ne tarissent pas d'éloges, et c'est au milieu d'un concert de félicitations que M. Decauville nous conduit, toujours dans son train, son château, où un somptueux déjeuner nous est attend. Au dessert, dans de nombreux toasts, les visiteurs anglais ont traduit leur admiration pour notre industrie nationale et particulièrement pour le Petit-Bourg et leur distingué directeur, M.Decauville. (Le Matin du 1889-07-07)


Aquarelle représentant le port de Noisiel, son moulin et son pertuis en amont de la Marne vers 1830. Amarrée au port (à gauche) une embarcation à fond plat appelée marnois. Utilisée sur la Seine et la Marne jusqu'au XIXe siècle pour le transport des marchandises; elle pouvait mesurer entre 20 et 40 mètres, dimensions pour lesquelles le port de Noisiel s'adapte avec ses 34 mètres . Ce marnois est gréé d'une voile qui soulageait les bêtes de halage lorsque le vent le permettait, mais cela ne devait arriver que très rarement à cause des nombreux méandres tout au long du parcours. Le mât n'était donc probablement utilisé que pour le halage.


Connu sous le nom de Mr. Clever Art dans le monde de l'art, Andrew Rosenblatt émerge fortement sur la scène Pop Art Contemporain. Né à New York et vivant actuellement à Los Angeles, en Californie, il est surtout connu pour sa façon unique de fusionner des couleurs vives avec des produits de luxe tels que Louis Vuitton ou Chanel. M. Clever utilise une créativité artistique et éclectique aléatoire du Pop Art fusionnée avec la juxtaposition, les lignes abstraites et les points pour constituer la majeure partie de son art contemporain. Ses œuvres sont rapidement et secrètement récupérées par des collectionneurs d'art, des investisseurs en art et des galeries d'art du monde entier. Mr. Clever Art a merveilleusement illustré l'un de ces artistes préférés ; Damien Hirst et ses "Complete Spot Paintings " dans un collage représentant la petite fille menier destiné à refléter ses inspirations artistiques (cliquez sur l'image)

Vue cavalière du site usinier de Noisiel, propriété des Menier, chromolithographie vers 1890 de Louis Poyet (1846-1913), illustrateur et graphiste français d'images industrielles et publicitaires.

CATHERINE TASCA, MINISTRE DE LA CULTURE, 13/12/2000
La convention signée entre la ville de Noisiel et le Ministère de la Culture permet à Noisiel d'accéder au rang prestigieux de "Ville d'Art et d'Histoire". Consciente de la diversité et de ses atouts patrimoniaux, Noisiel préparait depuis plusieurs années sa candidature au label. Trois déclinaisons remarquables : en premier lieu, un patrimoine industriel unique datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle lié à l'établissement de la chocolaterie Menier et à sa prodigieuse empreinte architecturale. En second lieu, un patrimoine architectural contemporain incluant diverses réalisations de grands noms de l'architecture en ville nouvelle. Et pour finir, un patrimoine "vert" important en partie protégé.On pourrait rajouter la pérennisation et le dynamisme économique de l'entreprise qui déjà en 1878 affichait un capital de 4 millions de francs, soit 8 millions de nos euros.

NESTLE A NOISIEL, PRESIDENT YVES BARBIEUX, COURRIER AUX COLLABORATEURS EN 1993
Dans un monde qui évolue très rapidement, où le nombre d'opérateurs se réduit et la concurrence s'intensifie, les groupes industriels se doivent d'anticiper, afin de confirmer leurs performances. Comme vous le savez, le groupe Nestlé doit d'ailleurs une grande part de son succès sur le plan mondial à son aptitude à prévoir ces évolutions. Nestlé France S.A est bien sûr une constellation de marques fortes, qui ont toutes pour objectif la recherche permanente du leadership sur leur marché respectif, mais Nestlé France S.A est aussi le deuxième groupe agro-alimentaire français, qui doit s'affirmer en tant que tel sur le plan national. C'est dans ce but, et en harmonie avec la stratégie que Nestlé applique déjà dans le monde, qu'il est prévu de réunir, en France, sur un site unique, tous les collaborateurs des sièges sociaux de nos différentes unités opérationnelles. Cette nouvelle orientation va, en effet, permettre de développer la synergie de toutes nos forces tout en respectant la spécificité de chacune de nos unités. Bien que ce regroupement ne doive s'effectuer, en principe, qu'à la fin de 1995, il m'a paru important de vous faire part de nos intentions dès maintenant. Parmi les différents sites à l'étude, celui de Noisiel, à Marne-La-Vallée, serait conforme à la culture de Nestlé : propriété du groupe, ce site classé est témoin de l'époque industrielle du chocolat Menier et allie un passé architectural prestigieux à un environnement naturel exceptionnel. Un groupe de travail a été constitué pour examiner la faisabilité de ce projet et il me remettra ses conclusions avant la fin du mois d'avril prochain. Je vous tiendrai informés, le moment venu de la décision qui sera prise, sous réserve de la consultation des représentants du personnel concerné, afin de vous permettre de participer dans les meilleures conditions à cette nouvelle étape de la vie de notre groupe.

INTERVENTION DE M. PHILIPPE ROBERT, ARCHITECTE
Le travail de Reichen et Robert est souvent considéré comme iconoclaste par un certain nombre de spécialistes de la préservation historique nous avons toujours considéré que, pour que les bâtiments soient sauvés, il fallait les réutiliser avec une nouvelle fonction, quitte à modifier un peu ou beaucoup les bâtiments. Nous avons cherché à justifier notre travail et nous nous sommes aperçus que toute l'histoire de l'architecture est l'histoire de la transformation de bâtiments. A titre d'exemple, le Louvre construit sur plus de six cents ans est une addition de témoignages de toutes les époques, y compris du XXe siècle. Il existe très peu de monuments qui n'ont pas subi de modifications diverses. Il n'y a aucune raison que l'histoire s'arrête et nous considérons que l'on peut traiter, modifier des bâtiments, les transformer, les surélever même, etc. Evidemment il y a monument, et monument protégé au titre des Monuments historiques, et il est évident qu'il est plus facile de travailler sur des bâtiments qui sont historiques sans être protégés au titre de la loi. D'une façon générale, la plupart de nos projets font l'objet de longues négociations avec les architectes du ministère de la Culture. Nous avons fait, dans le cadre de la chocolaterie Menier à Noisiel, un projet très complet auquel nous avons ajouté des bâtiments neufs de l'ordre de 20 000 m2. Il y a donc également la cohabitation de bâtiments neufs dans un site industriel ancien. Le groupe Nestlé France a reçu en patrimoine la chocolaterie Menier par l'intermédiaire de Rowntree Macintosh qui l'avait rachetée. En 1993, la fabrication fut arrêtée après la construction d'une autre usine plus moderne à Dijon, et la question du devenir de ce site industriel se posa. La solution de la vente ayant été retenue, Nestlé a demandé à notre cabinet de produire une étude de mise en valeur du site de façon à le vendre. Au vu de notre étude, le groupe a décidé de le garder pour lui et il nous a demandé un deuxième travail consistant à déterminer s'il serait possible de transformer les locaux en bureaux plutôt qu'en ateliers. En effet, à l'époque, le président de Nestlé cherchait à regrouper dans un même lieu les sept sociétés qui forment la holding Nestlé France. Dans l'étude rendue, les critères relatifs au coût, à l'image, à la sécurité et à la situation dans le grand Paris ont été étudiés très précisément et finalement le projet a emporté l'adhésion et la décision a été prise de faire cette réalisation. Cette décision était importante car c'est la première fois qu'une société aussi connue que Nestlé choisissait d'implanter son siège dans une ancienne usine et d'associer son image institutionnelle à celle d'un patrimoine industriel. La société Nestlé s'est installée dans les lieux il y a un peu plus d'un an. Avant que les travaux ne démarrent, une partie du site était utilisée pour fabriquer du chocolat et l'autre partie était plus ou moins à l'abandon et servait parfois à des tournages de films, Camille Claudel par exemple. L'Architecte en chef des Monuments historiques est intervenu pour la restauration de la façade et de la toiture classées de ce moulin qui a été réalisée avec beaucoup de soin. Les détails de décor ont été remis en état (briques vernissés, "M" de Menier, cloche, horloge). 20 000 mètres carrés de bureaux ont été construits en peigne reprenant le tracé régulateur des trois rues des maisons des ouvriers de Menier. De nombreux espaces verts ont été créés. Un pont a été construit. Tous les parkings ont été rejetés autour du site de façon à ce qu'il n'y ait aucune circulation à l'intérieur autre que l'entretien et les livraisons. Notre projet a consisté à essayer de faire cohabiter des parties anciennes et des parties contemporaines dans un dialogue que nous croyons intéressant. Les éléments neufs viennent dialoguer avec les parties anciennes. Ce parti a d'ailleurs rejoint la volonté de la société Nestlé qui voulait se démarquer de la société Menier et montrer qu'elle est une entreprise résolument moderne. Trois artistes sont intervenus dans ce projet : Michel Boulangé, Sylvie Blocher, Dominique Bailly ainsi que Florence Robert, paysagiste. D'une façon générale, Nestlé pense que le surcoût pour réhabilitation de ce chantier a été de l'ordre de 5% pour un budget de 620 millions de francs de travaux et une surface de 60 000 mètres carrés hors œuvre, y compris les espaces de circulation. Il est certain que l'adaptation du moulin aux normes sécurité n'a pas été facile mais elle a néanmoins été tout à fait réalisable.


Panonceau lithographié du chocolat Menier, signé Firmin Bouisset. Imprimerie CAMIS, 66x45 cm, datant de 1900.
Encadré sous verre par J.Boyer, encadreur parisien depuis 1879.


Tablier immortalisé sur une carte postale de 1914 au cours de l'exposition Internationale à Lyon, il fut également porté durant l'exposition internationale de 1900 à Paris et décliné sous diverses formes : ballotin, bavoir, serviette, réticule.


L'institution des sapeurs-pompiers de la chocolaterie Menier est une compagnie constituée de 40 membres en 1882
par Albert Menier, elle deviendra communale en 1886.Ci-dessus, le casque (modèle SGFM de 1855) d'un certain "Chemin" avec cimier à godrons, plumet et jugulaire en fausse écaille, large bandeau où l'on retrouve la grenade et les armoiries de la famille Menier caractérisées par le monogramme sous forme de M. Pour terminer, une giberne de l'harmonie de la compagnie des sapeurs de Noisiel.(Cliquez sur l'animation pour voir plus de détails)

Face à la chocolaterie, se trouve la Mairie construite en 1895. Nouvel édifice qui remplace la mairie-lavoir où Émile Justin exerçait mandat communal et direction de l'usine sans distinction notoire. Cette nouvelle mairie répond à une disposition de 1884 qui stipule que chaque commune doit posséder un local à usage exclusif de mairie. Sur cette même place baptisée Gaston Menier, se trouve le bâtiment des pompes : l'institution des sapeurs-pompiers de Noisiel.


Des produits sont lancés entre 1930 et 1935 dans la catégorie des chocolats fins par la maison Menier pour contrer une concurrence grandissante. Des boites de luxes font leur apparition et un salon au 114 avenue de Champs Elysées parachève cette nouvelle tendance haut de gamme. Ces boites sont estampillées " Menier confiseur ", la confiserie étant depuis 1900 introduite dans les productions de Noisiel, celle-ci dépassant le chocolat de Ménage, produit phare depuis les années 1870.


Boite de confiserie créée pour l'exposition universelle de 1937 à Paris et faisant la publicité pour le salon Menier se trouvant au 114 avenue des Champs Elysées. Parée des couleurs nationales cette poupée semble faire échos aux montées nationalistes et à la démonstration de puissance germano-soviétique matérialisée par 2 pavillons massifs et sans grâce (mastoc) et se faisant face. Cette même année Menier organisa une consultation auprès de ses consommateurs pour donner un prénom à leur célèbre petite fille remaniée art déco. Il est précisé que ce prénom devra être " bien français ". Jacqueline émergea de cette campagne publicitaire ce qui permettra une interactivité entre des consommateurs qui allaient devenir auditeurs et spectateurs des différents spectacles promotionnels à venir.


Camion publicitaire Menier de 1935 en carton, avec ses caissettes, l'ensemble proposé dans sa boite de transport. La fragilité de l'ensemble laisse à penser que les exemplaires restant en circulation sont peu nombreux, donc rares.


Monogramme de la famille Menier, propriétaire du château de Chenonceau, gravé sur ce cœur offert aux invités après cérémonie familiale. Le monogramme est probablement modifié en conséquence, on peut y voir le A et le M de Marie Antoinette, ou bien, Le M de Menier suivi Du C de Cosima Menier, associée dans la société civile de Chenonceau-Rentilly.


MM. Gaston et Henri Menier, entourés de leurs collaborateurs, ont inauguré samedi 8 Octobre 1898, à Noisiel, le monument élevé à la mémoire de leur père, M. Emile-Justin Menier, fondateur de la chocolaterie, ancien député de Meaux, et fêté la pose de la première pierre de la maison de retraite Claire Menier, fondée en mémoire de leur mère. De nombreux invités de Paris et des environs étaient venus assister à cette fête familiale. La cérémonie a débuté par la pose de la première pierre de la maison de retraite. 250 ouvriers, ouvrières et des enfants des écoles de l'usine, accompagnés par l'harmonie, ont chanté une ode à Mme Menier. A trois heures, a eu lieu, sur la place de Noisiel, l'inauguration du monument de M. Emile Menier, devant lequel a défilé tout le personnel de l'usine. Le buste du fondateur de l'usine est placé sur un socle en marbre flanqué de deux figures en bronze, de Carrier-fielleuse. Le soir, à six heures, a eu lieu un grand banquet qui réunissait 2,300 invités. Tous les ouvriers et ouvrières de l'usine avaient été invités, ainsi qu'un délégué ouvrier désigné par les conseils municipaux des 97 communes de la circonscription, des ouvriers délégués de l'usine de Londres, de la vermicellerie de Chelles et de la sucrerie de Roye (Somme). Une tente fut dressée au centre de l'ile pour accueillir tous les convives, mai les écuries du château durent également abriter 300 collaborateurs probablement triés sur le volet. Une broche (Insigne)pour l'occasion fut créée et visible sur le revers des vestons de certaines personnalités.

Les invités au banquet, munis de leurs cartes et de l'insigne se rendront dans l'île, par le porche de la gare et le quai, à l'entrée duquel aura lieu un contrôle général. Après avoir traversé le pont, les personnes munies de cartes bleues se dirigent en face à droite pour entrer par la porte bleue. Celles munies de cartes blanches iront en face à gauche pour entrer par la porte blanche située au milieu. Et celle munies de cartes roses tourneront à gauche en suivant le chenal pour gagner la porte rose situé en aval. Des pancartes indicatrices seront placées aux abords des Carrefours. En entrant, remettre le talon à détacher de la carte d'invitation au contrôle placé à la porte, puis se diriger vers la table portant le numéro indiqué sur la carte où se trouveront à l'avance les commissaires de table qui feront placer leurs convives à raison de 22 de chaque côté de table. Les contrôleurs et les commissaires devront trouver leur poste à 5h précises pour l'ouverture des portes. Ils exerceront durant tout le repas une surveillance sur le service de leurs tables pour assurer que chacun ait ce qu'il lui faut, adresser aux garçons de service toute observation ou réclamation, ou même au surveillant de la section de la cuisine, qui devra tenir compte de toute réclamation à lui adresser, sauf à en référer aux commissaires généraux. Les commissaires maintiendront l'ordre sous tous les rapports s'il y avait lieu à leur table,

Emile Justin Menier propose au Ministre de l'Instruction d'attribuer après concours un Prix Menier à un étudiant de l'Ecole supérieure de Pharmacie de Paris. Le ministre accepte et un décret du 17 décembre 1859 autorise l'Ecole à décerner une médaille d'argent et un coupon de rente de 500 frs.


Livret musical luxueux dédicacé par les auteurs à l'attention de leur égérie, Cléo de Mérode.
C'est l'époque où l’aristocratie partage désormais avec la haute bourgeoisie les bénéfices exorbitants des richesses coloniales, des avancées technologiques et leurs débouchés économiques exorbitants. La belle époque sourit à quelques privilégiés : théâtre et danse sont les espaces privilégiés des fortunes parisiennes pour démontrer une élégance, un raffinement, une certaine appropriation de la culture aristocratique. Les espaces confinés des salles de spectacle voient pulluler et parader la crème des parvenus à la recherche d’une reconnaissance divine. Probablement hermétique à la chose artistique, cette nouvelle population richissime succombe bien justement aux charmes des danseuses et comédiennes. Si certaines franchirent le Rubicon pour devenir courtisanes ou cocottes, d’autres restèrent des muses inspiratrices pour artistes. Georges Menier fut l’un d’eux ; il succomba au charme ravageur de Cléo de Mérode et lui composa un livret musical pour sa toute première pièce de théâtre en 1909, intitulé "Le premier pas".


Mlle Simonne Legrand mariée à Georges Menier en 1903. Tirage argentique de 1909, timbre sec de l'atelier de Montreux,
signatures d'Arnold Casimir Roessinger-Jeanneret, photographe Suisse, et de son modèle.
De nombreux portraits d’Arnold Casimir attestent d’une collaboration entre le photographe et Simonne Menier.


Galerie des fêtes de Chenonceau en 1886 (Constant Peigné)
Le 24 juin 1886, eut lieu à Chenonceau l'inauguration de cette grande galerie des Fêtes Louis XIV. De grandes réjouissances furent données à l'occasion de l'inauguration, trente mille invités, d'une fête de jour et d'une fête de nuit. Le président de la République en aurait accepté l'invitation qui lui fut faite. L'histoire de Chenonceau aux diverses époques fut représentée par des groupes costumés. On évalue à trois ou quatre mille le nombre des personnages qui firent partie de ces groupes. Mme Pelouse fit représenter, dans la grande galerie des fêtes, le ballet qui y fut exécuté en présence de Catherine de Médicis. Ce divertissement fut donné avec le concours du corps de ballet de l'Opéra. La musique et la description des costumes furent précieusement conservées dans les archives de Chenonceau et le ballet représenté en 1886 resta fidèle à celui qui fut donné en présence de Catherine, il y a trois siècles


Jean-Antoine Brutus Menier édite en 1845 son "catalogue prix courant" qui recense tout ce qui est fabriqué par la maison Menier. On y trouve principalement des produits destinés aux pharmaciens ainsi que des articles de droguerie. La production chocolatière n'est encore mentionnée à cette date que comme activité complémentaire. La quantité produite n'est alors que de 2 tonnes par jour en France. Le véritable essor de l'entreprise Menier date de 1852. Émile Justin Menier est en passe de devenir le nouvel homme fort de la maison, il reprendra les mêmes principes édictés par son père. Le "catalogue prix courant" de 1854 comporte les mêmes produits que les éditions précédentes. Mais les temps changent, si Jean-Antoine Brutus fit passer la pharmacie du stade des préparations magistrales à l'industrialisation des procédés, Émile Justin exploite au maximum le potentiel existant et insuffle la modernité dans ses établissements grâce aux grands esprits auxquels il fait appel. C'est à partir de ces mêmes années que Noisiel bénéficie d'une politique de modernisation et de mécanisation au service de la fabrication du chocolat de consommation.


Compte-Rendu des résultats du 1er inventaire de 1835 par Antoine Brutus Menier à ses commanditaires.

Extrait :
"Quelques satisfactions que puisse être un pareil résultat, le but que je me suis proposé n'était pas encore atteint puisque mes efforts ont toujours tendu à amener la vente annuelle à 1 200 000 Frs et j'ai enfin la satisfaction de vous annoncer que les ventes d'octobre et les demandes que j'ai en ce moment à remplir, me laissent l'espérance d'arriver à ce chiffre. Les ventes de ce trimestre se sont élevées à 307 047 Frs, elles ont dépassé de 34 327 Frs celles du trimestre le plus élevé et de 78.743 Frs celles des trois mois correspondants".


Plaque émaillée anglaise de Imperial Enamel Co, Birmingham, vers 1920.

Fac-similé du Carnet de notes de M. Marcelin Berthelot, créateur de la thermochimie et chimiste de la maison Ménier. Engagé à l'âge de 33 ans et sans laboratoire, le contrat proposé lui accorde 6 000 Frs par an, à charge pour lui de se rendre à Noisiel chaque semaine afin de conseiller et d'ordonner les préparations. C'est sûrement grâce à ce laboratoire, et donc à Noisiel, qu'il réalise pour la première fois le 01er janvier 1862 la synthèse de l'alcool qui marque le début de la chimie organique. En 1863, Marcelin Berthelot sera nommé au Collège de France et abandonnera sa collaboration avec la maison Menier.

Deux livrets manuscrits rédigés dans les années 1930 par Louis Logre qui fut, avec son père Jules Logre, architecte à l'usine Menier. Louis Logre fut également l'architecte en 1885 des réfectoires pour les ouvriers de l'usine Menier au cœur de la cité. La décision de restauration en 2017 des anciens réfectoires devrait permettre à cet espace patrimonial de retrouver son lustre et une fonction culturelle. Deux productions littéraires conséquentes avec de nombreux clichés photographiques, la première retrace la généalogie de la famille Menier, la seconde descrit de manière détaillée le château du duc de Levis racheté par la famille Menier au cœur du parc de Noisiel.

Avant la loi du 23 juin 1857, pas de législation spéciale concernant les marques de fabrique. Chaque commerçant apposait sur ses produits la marque qu'il souhaitait. Pour qu'il y est contrefaçon avérée, il fallait au préalable déposer la Marque suivant l'article 18 du décret du 22 germinal an XI, au Greffe du Tribunal de Commerce d'où relève le chef-lieu de la manufacture ou de l'atelier. La propriété de la marque était effective dès lors que celle-ci fut utilisée de manière courante. C'est le 2 août 1849 que Jean-Antoine-Brutus fit acte de dépôt de sa marque. Il mandata pour cette opération M. Simon-Antoine Neyroux. Par ce geste, il figeât dans les esprits les contours de ce qui deviendra un objet de détournement pour bon nombre de contrefacteurs.


L'Ariane est le yacht qui a conduit en 1902 M. Waldeck-Rousseau en Suède, Norvège et Danemark. Pendant cette croisière Gaston Menier rédigea au jour le jour, un recit de voyage qui retraçait la cordiale et charmante intimité des passagers de cette croisière. Faisant route vers le Nord, le yacht avait à son bord, M. et Mme Waldeck-Rousseau dont il reproduira les aquarelles dans son ouvrage, M. Fernand Crouan, Mlle Marie Crouan, Mme Raffard, belle-sœur de M. Gaston Menier, et le docteur Paul Barbarin, ancien interne des hôpitaux. Le samedi 28 juin 1902 à deux heures de l'après-midi, par une pluie qui força les passagers à rester à bord, concert et revue furent improvisés par les invités. De cette improvisation, une pièce de théâtre en 2 actes verra le jour et sera figée pour l'éternité sur papier avec comme titre " la Revue du Cercle polaire " et jouée officiellement le 5 juillet. Ouvrage dédicacé par Gaston Menier :
"A Madame Waldeck-Rousseau en souvenir des quelques bonnes heures de traversée à bord de l'Ariane."

LES MENIER VENEURS

Tous les ans, Gaston Menier aimait clore la saison de chasse à Villers-Cotterets en apothéose par une curée aux flambeaux dans la cour de la vènerie. Ala tombée de la nuit, un superbe six cors avait été rapporté de la forêt. On l'avait écorché à l'abri des curieux, sa tête et sa peau, appelé également "nappe", avaient été soigneusement mises de côté. Le piqueux ordonna à un valet de désarticuler la jambe avant-droite de l'animal et de torsader la peau, puis il accrocha cette relique aux manches de sa dague glissée dans le ceinturon de sa tunique.

Gaston Menier et une dizaine de "boutons" se tenaient à l'intérieur du cercle des flambeaux vêtus de vestes rouges ornées de galons d'or, de culottes bleu-roi, de hautes bottes de cuir noir. Un homme, les jambes écartés au-dessus de la "nappe", maintenait les bois de la tête du cerf. Le piqueux, les valets de chiens, de veneurs, semblaient en faction derrière leur souverain. Ils entamèrent les fanfares de la curée, puis le piqueux mis sa trompe en sautoir et s'avança vers Gaston Menier.

Il enleva de sa dague la jambe et la peau torsadée, s'inclina devant Georges Menier. D'une main il ôta sa cape bleue, de l'autre il présenta le "pied d'honneur". Gaston Menier le conduisit auprès d'une invitée de son choix à laquelle il l'invita à faire les honneurs du pied, lui offrant ainsi le sacrifice de l'animal. Selon le rite, aucune parole n'était prononcée, sauf le "merci" du récipiendaire. "La cour des maîtres" de René Lucot

LES CÂBLES TÉLÉGRAPHIQUES


Voici la section d'un câble télégraphique sous-marin de l'usine Rattier-Menier de 1895. Un conducteur central en cuivre de 2,5 mm² est recouvert par 12 conducteurs de même matière de 0.6 mm². Cette partie est isolée par de la gutta-percha et forme l'âme du câble, partie conductrice diffusant le signal. L'âme est protégée par une enveloppe de chanvre qui devait être imbibée de poix, de goudron, d'huile ou de suif. 15 Brins d'acier disposés en hélice servent de protection mécanique et de tenseur, ils sont également recouverts de gutta-percha et terminent l'ensemble.


Le Monde n'en saura rien, aimable comédie en deux actes de 1907, de M. Gaston Menier, représentée dans la salle des fêtes de son hôtel 61 rue de Monceau. Il s'agit d'un jeune ménage qui s'est marié à la légère, dans le feu de la passion, sans examiner de trop près les clauses du contrat et les conditions matérielles de son union. Les deux tourtereaux s'aperçoivent, mais un peu tard, qu'ils possèdent un bien dotal dont ils ne peuvent jouir qu'à la condition de rompre le mariage. Il faut qu'ils divorcent, presque au lendemain de leurs noces, s'ils veulent profiter de leur fortune. Ils s'entendent pour divorcer à l'amiable, ils ne se sépareront que pour mieux se rapprocher. Ils deviendront ainsi des amants légitimes. La première lecture a eu lieu, samedi 13 février 1904. Les rôles sont tenus par Mmes Marie Leconte, Sorel, de la Comédie Française, MM. Signoret, Mosnier et Tunc, du théâtre Antoine et Mlle Blanche Pierson pour la mise en scène. Quelques rares spectateurs privilégiés ont leur place déjà marquée dans les salons de l'hôtel, de la rue de Monceau pour une unique représentation privée : Adrien Hébrard journaliste, Paul Hervieu romancier, Michel Carré auteur, Henri Menier et des notabilités du monde de la politique venues pour fêter les débuts dramatiques du député de Seine et-Marne.


La chocolaterie, le château Menier en 1899 photographiés par le commandant HIRSCHAUER depuis un ballon à la Hauteur de 900 M. Auguste-Edouard Hirschauer Polytechnicien en 1876, il débuta sa carrière militaire en 1881 dans le Sud Oranais. Reçu à l'Ecole de Guerre en 1889, il entra en 1898 au service d'aérostation de l'Armée et en devint le chef en décembre 1909. Sur cette photo apparait encore le grand château dans le parc de Noisiel ; pas encore construits, la Cathédrale et le pont hardi la reliant à la rive gauche de la marne.


Le prince de Galles chasse à courre en forêt de Villers-Cotterêts. Avant le départ de la chasse, de gauche à droite : (1) Hubert Menier, fils de Georges ; (2) Jacques Menier, fils de Gaston Menier ; (3) Suzanne Broudehoux, femme de Jacques ; (4) le Prince de Galles ; (5) Georges Menier, fils de Gaston Menier ; (6) Simonne Legrand, femme de Georges Menier ; (7) Gaston Menier, fils d'Emile Justin Menier ; (8) Claude Menier, fils de Georges Menier.

Compte rendu de la chasse du 12 janvier 1924 et copie de la lettre de remerciement reçue de l'ambassade Britannique de la part du Prince de Galles.


Salon du château de Rentilly

En Mai,le 6 de 1890 le château de Rentilly, possédant plusieurs grands salons,22 appartements de maître, un jardin d'hiver, de vastes communs, unvaste parc dessiné par Le Nôtre, des arbres séculaires, une pièce d'eau,l'ensemble sur 47 hectares clos est mis en vente aux enchères, la mise àprix est de 700.000 Fr., le mobilier est également disponible pour la sommede 100.000 fr.

LES OBSÈQUES D'ÉMILE JUSTIN MENIER


Héliogravure de Paul Dujardin représentant une couronne mortuaire sculptée par Jean Barnabé Amy, dédicacée au nom de l'ensemble du personnel des établissements Menier : " A Madame E.Menier et à ses enfants. Hommage respectueux de tout leur personnel, le 17 février 1881 ".

C'est aujourd'hui samedi, à midi très précis, qu'auront lieu à l'église Saint Philippe-du-Roule les obsèques de M. Emile Justin Menier, manufacturier, député de Seine-et-Marne, officier de la Légion d'honneur, membre de la Chambre de Commerce de Paris, décédé avant hier, à Noisiel, dans sa cinquante-cinquième année. Les employés des Pompes funèbres ont commencé, hier soir, la décoration funèbre de l'hôtel de l'avenue Van Dyck, n° 5, qu'habitait M. Menier lorsqu'il était à Paris. Cette décoration consiste en une façade monumentale, de la hauteur de deux étages, partant du grand vestibule d'honneur et empiétant largement sur la cour. Construite en forme de pourtour, cette annexe de l'hôtel facilitera la circulation des invités montant ou descendant l'escalier qui conduit au vestibule. C'est dans ce vestibule entièrement tendu de noir et transformé en chapelle ardente, éclairé de candélabres et de torchères que sera exposé ce matin le cercueil de M. Menier. Deux salons, l'un à droite et l'autre à gauche, seront mis à la disposition des invités pour attendre l'heure du départ du cortège. Le corps du défunt a été mis en bière hier soir à NoisieL. Il arrivera à Paris dans la nuit et sera transporté aujourd'hui à la première heure à l'hôtel du Parc Monceau. Le convoi se composera d'un corbillard à quatre chevaux empanachés, et de quatorze berlines ou voitures de deuil. Le corbillard sera décoré de trente-quatre écussons à l'initiale M. En tête du cortège marcheront quatre maîtres des cérémonies, suivis d'un officier en manteau, porteur des décorations du défunt. A l'église Saint-Philippe-du-Roule entièrement tendue de noir à l'intérieur, les draperies seront rehaussées par quatorze écussons à la lettre M, quatre autres écussons décoreront en outre le catafalque. A l'extérieur, le portail sera enveloppé de tentures noires surmontées de trois écussons du même genre. Après la cérémonie religieuse qui durera une heure au moins, le convoi se dirigera vers le cimetière du Père-Lachaise où l'inhumation aura lieu dans le caveau de la famille Menier. (Le Figaro du 19-02-1881).

LE TRAIN FRANCO-CANADIEN 1920-1921

"Messieurs, j'ai eu l'honneur d'être président du comité d'organisation du train-exposition de France-Canada, créé avec tant de succès, il y a deux ans, et, j'ai encore le souvenir de l'accueil enthousiaste que nous avons reçu des Canadiens lorsque ce train canadien, construit spécialement par la Canadian Pacific, chargé de produits français, parcourut ce grand pays. Aujourd'hui nous avons l'occasion d'offrir en échange, au Canada, une exposition analogue à celle dont nous avons été gratifiés par ses soins.

Là-bas, nous avons été accueillis avec toute la générosité susceptible de favoriser l'exécution de notre projet. Nous avons eu, sous la puissante égide de M. le sénateur Beaubien, l'apôtre de cette idée, le concours des grandes compagnies de chemins de fer, des membres du gouvernement, des universités commerciales et lorsque le train portant des produits français et pavoisé des couleurs françaises eut accompli son circuit autour du Canada, lorsqu'il eut, appuyé par des conférences et des cinémas, visité cinquante-deux villes, il est revenu à Montréal.
Là, sur l'invitation de M. Daoust, président de l'institut des hautes études commerciales, dans le palais de cette création véritablement admirable, élevé à Montréal par le commerce canadien, nous avons été accueillis avec la plus touchante sollicitude. Nos produits ont été placés dans un immense hall où ils ont donné lieu à une exposition fixe, complétant l'exposition circulante. Cette démonstration en faveur des produits français a attiré une foule considérable ; on estime à plus de 350,000 le nombre de personnes qui ont visité le train.
Aujourd'hui, en donnant au Canada la formelle assurance que nous voudrons, par réciprocité, permettre ainsi de faire connaitre à notre tour en France les produits canadiens dont beaucoup complètent les nôtres, nous allons au-devant des vœux de ceux qui veulent avec ce grand pays non pas seulement une alliance de cœur, mais aussi une alliance d'intérêts. Les accords commerciaux, soumis à l'approbation du Parlement, en sont la preuve matérielle. Pouvons-nous oublier qu'il y a là-bas, comme vous le savez, de nombreux descendants de nos vieilles provinces françaises et que partout, au Canada, le symbole de la France est acclamé.
Nous avons vu les fils du Canada venir confondre leur sang avec celui de nos enfants sur les champs de bataille de la dernière guerre. Ils sont accourus à notre aide contre l'envahisseur et se sont fait tuer avec la plus grande bravoure au champ d'honneur et je salue en passant le fils de l'honorable M. Lemieux, président de la Chambre des communes du Canada, tombé à vingt et un ans sur la côte de Vimy ; nous avons vu particulièrement l'héroïque conduite du 22° bataillon canadien ayant à sa tête le général Tremblay s'illustrer dans l'Artois et tant d'autres ! L'occasion nous est offerte aujourd'hui de montrer que nous conservons plus que jamais le souvenir de ce glorieux passé et que nous sommes heureux d'apporter à notre tour, une fois de plus à cette occasion, l'expression des sentiments généreux et toujours vivants qui animent la France à l'égard de ce grand pays et de rendre ainsi plus étroits les liens qui nous unissent à lui."

SENAT, séance du 29 mars 1923 M. Gaston Menier.


Oeuvre originale offerte à Mr Gaston Menier par le COMITÉ FRANÇAIS DES EXPOSITIONS
et le COMITÉ D'ORGANISATION DU TRAIN FRANCO-CANADIEN. En 1923 une reproduction en taille réduite fut réalisée.

CODOS ET ROBIDA A L'AÉRO-CLUB DE FRANCE


Le 24 janvier 1932 Cados et Robida ont atterri au Bourget après avoir accompli un vol de 11,000 kilomètres en trois jours, cinq heures 40 minutes, battant ainsi de trente heures vingt minutes le reccord de Cosles, revenu d'Hanoi à Paris en quatres jours et douze heures. Les aviateurs français ont été reçus à l'Aéro Club de France, par M. Soreau, vice-président, qui prononça une courte allocution au nom de l'Aéro-Club. Mr Chaumié, directeur de l'aéronautique marchande, représentant le ministre de l'Air, félicita les deux aviateurs au nom du gouvernement et traça en un rapide exposé les progrès accomplis par l'aviation française. Des coupes de champagne furent vidées après que Mr Bréguet et Mr Lacoste, constructeurs de l'avion et du moteur, eurent à leur tour félicité Mr Codos et Mr Robida.
(1) Mr Chaumié, représentant le ministre de l'Air, (2) Mr Codos, (3) Mr Soreau, (4) Mr Robida, (5) le maréchal Franchet d'Espèrey, (6) le colonel Renard, (7) Mr Bréguet et (8) Mr Gaston Menier, (9) Mr Jean-Jules Lacoste.

ÉVOLUTION GRAPHIQUE

Une réactualisation par EDIA (Etablissements Lévy et Neurdein réunis) de la fillette de Bouisset s'effectue en 1930 au moment du lancement d'un nouveau produit en pleine vogue "Arts Déco". Le cahier des charges imposé au graphiste (pseudonyme O.GUS) par Menier stipule une continuité dans le personnage et son expression. Quant à la stylisation de l'affiche, elle trahit l'influence des maîtres du moment. Géométrisation des formes composée principalement d'aplats largement colorés et de quelques touches d'aérographes. Les cheveux [coupe Channel ou garçonne) et la jupe sont courts, un simple corsage blanc remplace corsage et caraco. Les accessoires sont toujours là. Ce nouvel avatar fut utilisé pendant une dizaine d'années par Vic, Henchoz et Sendraf, des illustrateurs moins talentueux, qui réalisèrent des publicités figuratives pour la presse illustrée

 

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